Ces dernières années, les robots de nettoyage professionnels, en particulier ceux développés par des fabricants asiatiques, sont de plus en plus souvent dotés d’« yeux » stylisés et sympathiques. Il ne s’agit pas de capteurs visuels fonctionnels au sens traditionnel du terme, mais plutôt d’éléments de design expressifs. À l’inverse, de nombreuses marques allemandes comme Kärcher ou des fabricants américains tels que Tennant optent pour des designs plus utilitaires, utilisant souvent de petites barres lumineuses ou des voyants minimalistes à la place d’yeux animés.
L'humanisation par le design : l'approche asiatique
Les fabricants japonais et chinois privilégient tout particulièrement les traits mignons et anthropomorphiques. La tradition consistant à concevoir des robots visuellement attachants remonte à des icônes culturelles telles qu’Astro Boy au Japon, des robots qui dégagent une impression de convivialité et d’accessibilité. Cette esthétique « kawaii » contribue à rendre les robots moins intimidants et plus proches, notamment aux yeux des personnes âgées et des enfants. Les chercheurs japonais étudient depuis longtemps la manière dont l’animisme et l’intimité sont intégrés dans la conception des robots afin de favoriser les liens sociaux avec les humains.
Pourquoi les robots allemands et américains privilégient la subtilité
En comparaison, des entreprises comme Kärcher mettent l'accent sur la fonctionnalité et l'efficacité industrielle. Leur gamme KIRA de robots de nettoyage professionnels, par exemple, est dotée d'un système de navigation précis LiDAR et de capteurs certifiés pour la sécurité, mais ne comporte ni yeux ni traits faciaux inspirés des dessins animés. À la place, de simples barres lumineuses ou des repères visuels minimalistes indiquent l'état de fonctionnement, privilégiant ainsi le professionnalisme plutôt que l'interaction sociale. Des marques américaines comme Tennant suivent une philosophie de conception similaire, visant à créer des machines élégantes et performantes qui accomplissent leurs tâches sans chercher à attirer l'attention sur le plan émotionnel.
Faciliter la première rencontre
Il convient de noter que des yeux expressifs pourraient jouer un rôle spécifique de transition lors des premières phases de déploiement des robots de service. Pour beaucoup de gens, en particulier dans les lieux publics tels que les aéroports, les centres commerciaux ou les hôpitaux, la première rencontre avec un robot autonome peut susciter de l’incertitude, voire de la peur. Ces grosses machines en mouvement, dépourvues d’opérateur humain, remettent en question nos attentes quant au rôle que devraient jouer les machines.
Dans ce contexte, de grands « yeux » accueillants font office de pont visuel. Ils atténuent l’impression d’étrangeté et traduisent une intention bienveillante. Ils donnent l’impression que les robots sont « accessibles ». À bien des égards, ils abaissent le seuil psychologique de interaction, en particulier lors de la première vague d’adoption des robots dans les environnements de service.
Il reste toutefois à voir si ces yeux seront conservés. À mesure que les gens s'habituent à leurs collègues robots et aux machines autonomes, l'effet de nouveauté s'estompe. Les futurs robots, en particulier dans les environnements très fréquentés comme les grands magasins ou les centres logistiques, pourraient ne plus avoir besoin de ces repères visuels rassurants. Par exemple, les déploiements à grande échelle menés par des acteurs aux revenus importants (tels que Gausium Phantas) pourraient renoncer totalement à un design expressif, pour miser plutôt sur la familiarité culturelle et la confiance fonctionnelle.
Où se trouvent les yeux dans la maison ?
Il est intéressant de noter que ce type de « visage » robotique sympathique est rarement présent sur les robots domestiques grand public. La plupart des robots aspirateurs ou de service conçus pour les particuliers ne possèdent aucun élément facial expressif, sans parler d’yeux animés. Pourquoi ? L’une des raisons probables est le coût : les écrans haute résolution ou les effets visuels sophistiqués augmentent considérablement le prix de fabrication. Les robots grand public sont généralement vendus sur des segments sensibles au prix et doivent offrir des performances maximales à un coût minimal. Résultat : la forme suit la fonction, et l'aspect mignon est souvent laissé de côté.
En ce sens, l'absence d'« yeux » expressifs chez les robots domestiques ne reflète peut-être pas une philosophie de conception différente, mais simplement une contrainte budgétaire. Si les écrans étaient moins chers, nous verrions sans doute davantage de robots domestiques nous faire des clins d'œil depuis sous la table basse.
Fondements psychologiques et évolutifs
Les recherches confirment l'idée selon laquelle même des yeux de robot abstraits peuvent déclencher des mécanismes sociaux chez l'humain, tels que l'attention conjointe et la confiance. Des études montrent que des éléments simplifiés ressemblant à des yeux, disposés par paires, améliorent interaction homme-robot interaction orientant subtilement l'attention humaine et interaction projetant une intentionnalité, même en l'absence de véritable capacité visuelle.
Contraste culturel : « kawaii » contre fonctionnalité
Dans les traditions de conception d'Asie de l'Est, notamment au Japon et, de plus en plus, en Chine, les robots sont souvent conçus pour dégager une impression de chaleur et de gentillesse. Cela adoucit leur présence dans les espaces publics et facilite leur intégration dans la vie quotidienne. L'accent mis sur l'intelligence émotionnelle et une présence non menaçante s'inscrit dans le cadre d'une attitude sociétale plus large qui considère l'automatisation comme un potentiel compagnon social.
À l'inverse, la robotique européenne et nord-américaine met généralement l'accent sur la précision, le contrôle et la neutralité professionnelle. Dans ces contextes, l'apparence d'un robot doit refléter sa compétence, et non sa personnalité. Cette divergence met en évidence des valeurs culturelles plus profondes : d'un côté, les robots sont considérés comme des partenaires sociaux ; de l'autre, ils sont perçus comme des outils, efficaces, performants et émotionnellement neutres.
Quels fabricants s'appuient (en partie) sur les yeux ?
| Pays | Les yeux | ||
|---|---|---|---|
| Adlatus | Allemagne | ||
| AotingBots | Chine | ||
| Avidbots | Canada | ||
| Cleanfix | Suisse | ||
| Gausium | Chine | ||
| i-team | Pays-Bas | ||
| Kärcher | Allemagne | ||
| Keenon | Chine | ||
| Lionsbot | Singapour | ||
| Nexaro | Allemagne | ||
| Nilfisk | Danemark | ||
| Pudu | Chine | ||
| Tennant | États-Unis | ||
| Zaco | Chine |